sont de forme libre, la majorité d'entre eux ( cent trois exactement ) demeurent de facture classique. Ce choix dont je tiens à revendiquer le bien-fondé, s'appuie d'abord sur un constat : beaucoup d'alexandrins restent en mémoire, infiniment moins de vers sans rime ni pieds, dans la mesure justement où les premiers se prêtent idéalement à tout exercice mnémotechnique et où les seconds au contraire s'y plient malaisément.
Il est d'ailleurs significatif, lors d'une manifestation, de voir des banderolles brandies avec, par exemple, le fameux slogan " Ouste ! Blouste ! " aussitôt mémorisable et destiné bien entendu à frapper les esprits.
Un deuxième argument avancé en faveur de la prosodie traditionnelle réside dans sa capacité, sous une forme apparemment contraignante, à pousser le créateur lui-même à se dépasser face à une matière rebelle qui se dérobe à tout moment et dans laquelle, néanmoins, il doit trouver " son chemin de lumière ".
De ces contraintes peuvent en effet naître quelquefois des oeuvres fabuleuses où, dans l'embrassement de la rime, les mots unis comme des aimants jettent mille feux extraordinaires ou glissent, merveilleux, tels des papillons enivrés par l'azur.
Enfin est-il vraiment utile de rappeler que ces vers classiques tant décriés par ceux qui se révèlent bien souvent incapables d'en écrire un seul, sont eux-mêmes à l'origine de nombreux chefs-d'oeuvre poétiques ayant avec éclat traversé les siècles et dont la littérature française n'a jamais cessé de s'enorgueillir ?


Thierry CABOT

Thierry CABOT : " La Blessure des Mots ".
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